Julien Seri à l’école 24 : du clip aux séries télé, faire de sa passion un métier
Julien Seri, un réalisateur qui transforme la passion en métier et en méthode, est venu partager avec les étudiants de l’école 24 une vision très concrète du travail de mise en scène aujourd’hui, entre cinéma, publicité et séries télé.
Dans le cadre de notre partenariat avec L’ARP, cette rencontre a permis aux étudiants d’échanger directement avec un professionnel du cinéma et de comprendre la réalité du métier sur le terrain.
Réalisateur et producteur né à Paris en 1971, il a signé des films comme Yamakasi, Les Fils du vent, Scorpion ou plus récemment des épisodes de séries à succès comme Astrid et Raphaëlle et Tropiques criminels.
De ses premiers clips à Yamakasi
Julien Seri se définit d’abord comme un homme de plateau : il réalise son premier clip à 22 ans, puis sa première publicité à 23 ans, et enchaîne très vite les tournages. La pub et le clip deviennent son terrain de jeu, un laboratoire où il teste des concepts visuels, des façons de raconter en quelques plans, des tournages « sous l’eau, dans les airs », tout en apprenant la grammaire de mise en scène plan par plan.
C’est à la fin des années 1990 qu’il rencontre Luc Besson et passe au long métrage avec Yamakasi, sorti en 2001, un film d’action grand public qui s’impose en salles avec plus de deux millions d’entrées en France. Ce passage du court format au long répond à une envie simple : faire de sa passion un vrai métier, gagner sa vie en racontant des histoires sur 90 minutes et non plus 30 secondes.
La publicité, meilleure école de cinéma
Pour Julien, la publicité n’est pas un à‑côté mais une école à part entière. Les campagnes qui lui valent plusieurs récompenses, notamment à Cannes Lions, lui permettent de tourner partout dans le monde, de tester des mises en scène très différentes et de se « trouver » comme réalisateur. Il insiste sur un point : tourner beaucoup, dans des conditions variées, lui a donné une maîtrise très fine du langage visuel, du rythme, du rapport entre contraintes de temps et ambition créative.
La pub lui a aussi appris à gérer les contraintes de budget, de client, de calendrier ; des paramètres qu’on retrouve ensuite sur un long métrage ou une série. Cette capacité à passer d’un film en quelques plans à des récits beaucoup plus longs l’a armé pour aborder des projets comme Scorpion ou Les Fils du vent, où il fallait orchestrer cascades, action et direction d’acteurs sur la durée.
Rêver un film : du scénario au storyboard
Quand il évoque son processus créatif, Julien parle d’abord de « désir de film » : un univers, une énergie, un ton qui naissent avant même la mise en mots. Ce désir, il le « laisse imploser » en lui avant de l’imprimer sur le papier, à travers le scénario, puis de chercher comment le traduire visuellement, plan après plan. Les Fils du vent en est l’exemple le plus abouti : il a entièrement storyboardé le film, produisant plus de 3 000 dessins pour rêver chaque séquence avant le tournage.
Sur le plateau, la réalité rattrape forcément le rêve : le budget, le temps, la logistique empêchent de tourner exactement tout ce qui a été dessiné. Julien insiste sur cette notion de compromis, constitutive du métier de réalisateur. Un storyboard très poussé reste une boussole, mais il faut accepter de réinventer sur place, de s’adapter aux contraintes sans perdre l’intention initiale.
Yamakasi : du sprint au marathon
Yamakasi marque un véritable changement d’échelle : après des années à tourner des formats très courts, Julien doit apprendre à tenir un récit sur la longueur, à passer du « sprint » publicitaire au « marathon » du long métrage. Le défi n’est pas seulement technique ; il est aussi personnel. Il raconte ce moment comme le passage d’un rêve à la réalité : il rêvait d’être réalisateur de cinéma, et tout à coup son premier scénario arrive en salles, porté par un large public.
Ce film d’action chorale, mêlant parkour, comédie et enjeux dramatiques, lui demande de coordonner cascades, équipe technique et direction de comédiens sur plusieurs semaines, avec des deadlines et une pression bien supérieures à celles d’un tournage pub. C’est dans cette épreuve qu’il mesure ce que signifie « être » réalisateur, au‑delà du simple fait de tourner des images.
Un réalisateur présent à toutes les étapes
Dans un projet cinéma ou télé, Julien intervient à toutes les étapes, de l’écriture à la post‑production. Certains films, il les écrit lui‑même ; d’autres non, mais il s’implique de toute façon dans la réécriture, la préparation, le tournage, le montage et l’étalonnage. Pour lui, un.e réalisateur.trice doit « embrasser » ces différents moments, car chacun porte une part de sa signature, de son ADN.
Ce rapport global au projet se retrouve dans ses séries télévisées. Sur Astrid et Raphaëlle ou Tropiques criminels, il enchaîne les épisodes et doit assurer la cohérence de l’univers tout en apportant sa propre patte de mise en scène. Là encore, il s’agit de trouver un équilibre entre le cadre d’une série existante et l’envie de proposer des idées de mise en image, de rythme, de direction d’acteurs.
La série télé comme terrain d’entraînement
Ce qui le séduit aujourd’hui dans la fiction télévisée, c’est le volume de tournage et la diversité des situations. En une seule année, il a réalisé 14 épisodes de 52 minutes, soit l’équivalent de 7 longs métrages, ce qui lui permet de rester « chaud », comme un sportif qui s’entraîne en vue d’une compétition majeure. D’un épisode à l’autre, il teste de nouvelles façons de filmer, d’installer une tension, de travailler avec les comédiens.
Cette pratique intensive nourrit directement ses futurs longs métrages : plus il tourne, plus il affine ses réflexes, sa gestion du plateau, sa compréhension des contraintes de production. La télévision devient alors un laboratoire permanent, un espace où il continue d’expérimenter tout en assumant une exigence de qualité élevée.
Le conseil de Julien aux étudiants de l’école 24
Aux étudiant.e.s de l’école 24 qui rêvent de suivre un parcours similaire, Julien ne promet ni raccourci ni recette miracle. Lors de cette masterclass ARP x École 24; il rappelle d’abord la réalité du métier : beaucoup de gens veulent réaliser, très peu y parviennent, et encore moins sur la durée, parce que c’est un milieu extrêmement compétitif et exigeant.
Son credo tient en deux idées fortes : d’un côté, « donnez‑vous à fond, à 300% » ; de l’autre, «Just do it». Il encourage les étudiants à tourner le plus possible, à multiplier les expériences, même modestes, plutôt que d’attendre le projet parfait. Pour lui, rien n’est impossible mais tout se mérite : c’est en accumulant les heures de plateau, les essais, les erreurs et les réussites qu’on construit une carrière de réalisateur ou réalisatrice, aujourd’hui plus que jamais.
Les Cinéastes de L’ARP se mobilisent tout au long de l’année sur de nombreux évènements, à Paris et en région, pour promouvoir et encourager la création, la diversité culturelle et pour participer au renouvellement des publics.